C'est
avec beaucoup de considération et de sérieux que le GIERFI entretient des partenariats divers.
Parmi ceux-ci nous comptons des partenariats religieux et associatifs
· La Rabita Mohammadia des oulémas du Maroc, institution religieuse de référence.
· Al Hidn, une association marocaine en charge du développement culturel et social de la famille et des enfants.
GIERFI
Associació
Desenvolupament feminisme islàmic
C/ Roger de Flor, 89, 4º 2ª
08013 Barcelona (Espagne)
www.gierfi.com – gierfi@gmail.com
+34 93 2326636
GIERFI : vision, objectifs et perspectives d’avenir
Je tiens de prime abord, au nom du GIERFI et en mon nom propre à présenter mes sincères remerciements à cette éminente institution religieuse qu'est la Rabita et tout particulièrement à son SG le professeur Abbadi pour nous avoir permis de lancer les activités de ce groupe au sein de cette institution. Cette initiative, est, à mon humble avis, lourde de sens et la symbolique de cette rencontre est d'une extrême importance en ce moment même de l'histoire où la question de la femme en islam dans ses représentations les plus multiples est devenue une sorte de "repère civilisationnel" à partir duquel on se base pour élaborer certaines analyses socio et géopolitiques contemporaines.
Le lancement de ce groupe au sein de cette institution religieuse vient en rupture avec la tradition culturellement et généralement acceptée dans le monde musulman, de marginaliser voire de refuser toute intrusion féminine dans le sanctuaire de l’érudition musulmane essentiellement masculine…
Cette rencontre symbolise aussi un peu l’exception au sein d’un monde musulman très frileux voire hermétique quant au débat sur la question des femmes et qui a du mal bien du mal à appréhender cette thématique alors qu’elle représente que l’on veuille ou pas le principal enjeu de la modernisation politique dans l’espace islamique.
Il est vrai que cette thématique- des femmes en islam- reste l’une des questions les plus sensibles et les plus difficiles à débattre puisqu’elle symbolise à elle seule une problématique multidimensionnelle incluant l’identité, la modernité, la tradition et l’imaginaire culturel à préserver. (Le monde musulman traverse une vraie crise civilisationnelle avec comme principal substrat la problématique de la femme que l’on refuse de cautionner par peur identitaire, par démission intellectuelle et parfois par stratégie politique d’omission volontaire).
Pourquoi le GIERFI ?
La création de ce groupe est motivée par le besoin urgent d’un discours alternatif capable de pallier aux lacunes d’un certain discours islamique uniformisée sur la femme, en général très réducteur, infantilisant et qui maintient les femmes dans une position de subordination et de relais par rapport à celle de l’homme musulman érigé en norme.
Notre réalité actuelle en tant que femmes musulmanes vivant dans les pays majoritairement musulmans ou en Occident, subissant différents types de discrimination, nous incite à ne plus nous taire devant les innombrables questions théologiques et juridiques pour lesquelles on nous propose des solutions complètement décalées par rapport à notre quotidien de femmes vivant au 21e siècle.
Les différentes initiatives entreprises par rapport à la question de la femme restent insuffisantes devant les problèmes concrets posés par les divers statuts personnels instaurés dans la majorité des pays musulmans et véhiculés dans l’idéologie culturelle des communautés musulmanes en Occident. Ces statuts ne sont que le reflet d’une législation juridique surannée remontant, généralement, aux premières écoles juridiques islamiques et qui constituent une source de préjudices indéniable pour la grande majorité des femmes musulmanes.
Quoique certaines réformes aient pu voir le jour, elles ont du mal à être appliquées dans les faits et le débat demeure de l’ordre de la rhétorique, toujours incapable de proposer des solutions concrètes à même de dépasser les impasses juridiques héritées depuis des siècles[1] . En passant, il serait peut être utile de rappeler que les réformes ne passent pas uniquement par des lois – quoiqu’elles sont indispensables- elles doivent impérativement passer par l’éducation pour changer l’indicateur principal de toute réforme à savoir les mentalités…
L’essentiel du discours islamique actuel sur la femme, qu’il soit classique ou contemporain, provient des lectures patriarcales qui ont dénaturé le message spirituel de l’Islam et qui ont donné lieu à des contradictions flagrantes entre ce même message et les interprétations humaines qui sont socialement construites et qui ont été sacralisées avec le temps.
Ce groupe a donc été créé en vue de répondre aux nécessités d’une nouvelle voie d’émancipation qui permettra aux femmes musulmanes d’aujourd’hui de concilier foi et modernité, sans contrainte ni culpabilité leur permettant ainsi de se libérer aussi bien du diktat d’un matérialisme aliénant véhiculé par une mondialisation aveugle que de celui d’un traditionalisme religieux très réducteur et fermé à tout apport novateur .
La question qui nous a souvent été posée est: Pourquoi stipuler les termes d’une émancipation à partir du religieux et non pas à partir des valeurs dites laïques et universelles [2]? Notre réponse est claire :
- D’abord il est de notre droit de choisir nos propres paramètres d’émancipation et de lutter pour instaurer la justice, l’égalité et l’équité , en nous inspirant de notre tradition spirituelle.
- Nous adhérons aux principes d’une émancipation spirituelle parce que nous sommes profondément convaincues du message de libération prônée par l’Islam. Nous sommes, en effet, nombreuses à trouver dans la foi une source de force, de transcendance et de conscientisation qui nous permettent de penser les termes d’une revendication à référentiel religieux, d’autant plus légitime, qu’elle utilise un langage approprié à notre mémoire et à notre contexte socioculturel de femmes musulmanes.
- Nous adhérons aussi aux principes d’une émancipation spirituelle parce que justement, l’oppression de la femme musulmane, (comme d’ailleurs celle de l’homme musulman), s’est longtemps faites au nom du religieux et du sacré qui, à travers l’histoire de la civilisation islamique, ont toujours été instrumentalisés par les forces du pouvoir qu’elles soient politiques ou autres.
- Enfin, parce que nous sommes convaincues que les valeurs spirituelles ou religieuses à l'opposé de ce qui a été ancré dans les mentalités par les péripéties de l’histoire, ne sont pas en contradiction avec les valeurs dites universelles[3] et que les religions en tant que points de repère de l’existence continueront d’apporter des réponses aux questions de sens, de plus en plus récurrentes de nos jours, et d’accompagner ainsi le cheminement de l’humanité.
Quelle est la vision du groupe ?
Notre vision globale s’inscrit dans un cadre conceptuel incluant quatre dimensions à savoir : spirituelle, solidaire, postcoloniale et humaniste.
1- La dimension spirituelle est celle qui s’inscrit dans la large tradition du réformisme musulman et qui aspire à s’engager dans une réforme de transformation positive à même de dépasser la réforme d’adaptation proposée jusqu’à présent.
Elle s’inscrit donc de l’intérieur de l’islam et revendique des droits et des libertés au nom d’un référentiel islamique débarrassé des lectures politiques et socioculturelles qui se sont accumulées tout au long des siècles de décadence islamique. Il s’agit donc de revendiquer une lecture de libération de la femme, telle qu’elle a été exprimée dans l’élan spirituel initial du message de l’islam, tout en s’inscrivant dans le processus de contextualisation et d’évolution permis par l’Ijtihad[4], source incontournable du processus de revivification de la pensée islamique. C’est à travers cette dimension essentielle que l’on pourra offrir aux musulmanes, en quête de sens, l’opportunité d’être des femmes libérées des traditions culturelles discriminatoires qui ont intériorisé l’idéologie de l’infériorité féminine déguisée, entre autres, en image idéalisée de la femme uniquement dans ses fonctions d’épouse et de mère parfaite. À cet égard, il faudra souligner ici le fait que notre vision est celle qui concilie les valeurs familiales avec les valeurs féminines sans réduire inéluctablement la femme à des fonctions de subordination. On peut revendiquer, comme le préconise d’ailleurs l’islam, le droit à l’épanouissement féminin personnel, tout en insistant sur notre engagement indiscutable aux valeurs familiales mais tout en contestant aussi l’assignation des rôles traditionnellement inéquitables au sein de la vie conjugale.
2- La dimension solidaire s’insère dans le cadre du mouvement global des femmes qui luttent contre leur discrimination et dans le but légitime d’améliorer leurs conditions socioculturelles. Dans ce sens, notre groupe s’inscrit, en termes de revendication de droits, dans un « Féminisme universel pluriel ». Nous assumons en tant que femmes musulmanes la dénomination « féministe » dans son approche pluraliste et ce, malgré la forte connotation négative qu’elle véhicule chez la majorité des musulmans[5]. Nous soulignons l’importance de cette identification à un mouvement féministe pluriel selon des valeurs et principes véritablement universels, de droit, d’égalité et de lutte contre l’oppression des femmes sans pour autant que cela nous oblige à être dépendantes ou otages d’un modèle de référence unique, ni à accepter une quelconque allégeance à des intérêts politiques ou à un agenda politique particuliers.
3- La dimension post-coloniale[6] est celle d’un vécu historique post-colonial qui est celui des femmes du Sud en général et dont une grande frange est représentée par les femmes musulmanes. Un certain discours féministe occidental et universitaire, ouvertement ethnocentrique[7], perçoit les femmes du Sud comme leur propre « faire-valoir », autrement dit, comme des sujets passifs de leur histoire qu’il faut étudier, analyser, suspecter et qui n’ont jamais le droit à la parole car les féministes occidentales sont là pour porter leurs voix[8]. Ce féminisme hégémonique occidental présente l’expérience des femmes blanches et occidentales comme LA norme universelle. C’est une vision où s’imbriquent de façon insidieuse impérialisme et racisme et qui en dit long sur la logique d’esprit civilisateur et de la vision néocolonialiste orientaliste qui la sous-tend. C’est donc pour cela qu’au sein du GIERFI nous soutenons l’esprit qui anime le féminisme post-colonial mondial et qui envisage la création de possibles résistances féminines, autonomes et différentes de celles conçues par une certaine pensée féministe dominante. Autrement dit, une résistance et une lutte qui s’expriment à partir de notre propre expérience, de nos spécificités et de notre histoire.
4- La dimension humaniste est celle qui nous anime en tant que femmes partageant le même destin au sein de cette diversité humaine. Notre vision spirituelle rejoint l’esprit humaniste qui lutte, au nom des valeurs universelles, contre toutes les injustices et les exactions des droits humains. Les femmes musulmanes, comme les hommes, souffrent dans la majorité des pays musulmans d’un déficit flagrant en démocratie et en libertés individuelles. De surcroît, elles subissent, à l’instar des autres femmes aussi bien au Sud que dans le Nord, l’oppression d’une mondialisation néolibérale qui a exacerbé la pauvreté, la précarité et la surexploitation des femmes du fait du déséquilibre socioéconomique structurel inhérent aux économies du Nord comme du Sud. Nous sommes aussi conscientes que la majorité des problèmes des femmes dans les sociétés contemporaines sont dus à l’exploitation du temps, du travail et de la sexualité de la femme qui représente une composante cruciale au processus d’enrichissement néolibéral.
Les objectifs du GIERFI :
1- Promouvoir une réflexion intellectuelle, théologique et juridique qui puisse, à court et long terme, favoriser l’émergence d’une nouvelle conscience féminine musulmane capable d’être « actrice » de son propre changement. Une nouvelle conscience féminine qui inciterait la femme musulmane à revendiquer le droit légitime de participer à la réflexion sur la religion, sur les questions de sens et les valeurs de la société dans laquelle elle vit.
2- Contester, par l’analyse et l’étude théoriques des textes scripturaires, l’affirmation fort répandue qui prétend que l’inégalité des sexes, l’oppression et le système patriarcal soient intrinsèques au texte sacré de l’islam. Aujourd’hui, de nombreuses musulmanes en terre d’islam et à travers le monde ont compris que ce n’est pas l’islam qui les opprime, mais ce que l’on en a fait à travers des siècles de manipulation et d’instrumentalisation à travers des législations supposées émanant du sacré alors qu’elles ne sont que des constructions sociales humaines conjoncturelles .
3- Mettre la lumière sur les interprétations discriminatoires que l’on retrouve dans la production littérature islamique, exégèse et jurisprudence ( tafssir et Fiqh), qui sont malheureusement depuis des siècles, transmis, de façon impassible et sans aucun effort de réflexion critique par l’enseignement religieux traditionnel. Et faire valoir ainsi les droits, considérées comme révolutionnaires pour l’époque, conférés aux femmes par le Coran et la tradition du prophète S et qui ont été marginalisés, oubliés voire totalement ignorés.
4- Revendiquer le droit des femmes, qualifiées, à l’interprétation des textes, qui est un droit légitime, présent à l’origine mais qu’on leur a confisqué avec le temps. (Mohammed Akram Nadwi, savant du hadith et chercheur au centre des études islamiques d'Oxford a répertorié les biographies des femmes savantes dans le domaine du hadith, dans l'enseignement du Coran, dans le Fiqh, en remontant aux débuts de l'islam … il en a répertorié 8000 contenues dans pas moins de 40 volumes (Al Muhaditates), ces femmes transmettaient le savoir, les fatwas, la critique du hadith, plusieurs savants hommes ont étudiées chez elles…elles n'étaient pas l'exception mais La Norme…) Il est important qu’on redonne ce droit aux femmes afin de les initier à une lecture de l’islam au nom de leur foi et de leurs convictions et de contrecarrer ainsi les lectures religieuses littéralistes exclusivement masculines et qui ont été responsables, entre autres, de leur marginalisation et de leur relégation à des fonctions de subordination. Il s’agit donc de déconstruire le monopole de la connaissance religieuse traditionnellement assignée comme un privilège exclusif des hommes musulmans et qui à travers l’histoire de cette civilisation a marginalisé l’apport des femmes et leur contribution à l’histoire de cette même civilisation.
5- Dénoncer les discriminations flagrantes qui sont en cours en terre d’islam et dans les communautés musulmanes et qui sont toujours mises à tort sur le compte de l’islam à savoir : les mariages forcés, l’excision, la répudiation, le statut juridique de mineure à vie…
6- Amorcer un double travail intellectuel: d’une part aspirer à la construction d’une nouvelle pensée et d’une nouvelle réflexion conçues à partir d’une perspective féminine et d’autre part participer à la déconstruction des discours et des représentations discriminatoires envers la femme dans l’idéologie musulmane. Les droits de la femme, tels qu’ils ont été conçus par le Fiqh classique et qui sont reproduits dans le discours islamique contemporain dominant, sont contraires à l’esprit égalitaire de l’islam et sont utilisés pour dénier aux femmes la justice et la dignité. C’est dans cette optique qu’il est important d’insister sur la différence de taille qui existe entre la Chariaa –la voie spirituelle sens profond du Coran- qui elle est immuable et sacré et le Fiqh qui reste une compréhension humaine de cette même Charia et qui est sujet aux changements et qui doit évoluer selon le contexte social. Et c’est malheureusement dans les compilations du Fiqh que l’on retrouve de graves discriminations envers les femmes surtout celles concernant les conceptions du mariage et du divorce et qui sont considérées comme des sources sacrées.
C’est dans cette optique que le GIERFI prévoit entre autres :
De travailler en partenariat avec les institutions religieuses afin d’élaborer un véritable « ijtihad collectif ». Il faudrait créer de véritables espaces de travail où les oulémas qui sont les spécialistes du texte débattent avec les forces intellectuelles de la société toutes spécialités confondues .. Nos oulémas ne peuvent plus continuer à vivre éloignés et déconnectés de la réalité sociale qui évolue de façon vertigineuse. Ils ne peuvent plus rechercher dans les anciennes interprétations des solutions concrètes à une réalité complètement différente… Il serait donc urgent de créer de véritables plates-formes où se réuniraient les savants religieux, intellectuels – femmes et hommes – et des spécialistes pluridisciplinaires, (spécialistes du texte et du contexte- oulamaas et khubaraa)afin de débattre publiquement de cette thématique, entre autres, et surtout de la « démystifier » aux yeux des musulmans
La création « d’ateliers de Fiqh ou jurisprudence islamique » ou ateliers de vulgarisation pour les femmes, afin de mettre la lumière sur les différentes discriminations vécues et de leur faire connaître leurs droits juridiques et ce que dit véritablement la religion sur de nombreuses questions qui restent sans réponse pour la majorité des musulmans.
Initier un travail de mémoire sur l’héritage historique des musulmans, longtemps victimes d’un déni de connaissance en terre d’islam et d’un déni de reconnaissance en Occident, fondé sur la logique de « déculturation » historique initiée par la colonisation et qui est toujours en vogue puisque, en grande partie, véhiculée par l’idéologie postcoloniale. La problématique de la femme doit donc être revisitée dans un cadre global de relecture de l’histoire de l’islam et de sa civilisation. Cependant, que l’on ne s’y trompe pas, la responsabilité n’est pas toujours celle de l’Autre comme le pensent et le prétendent de nombreux musulmans très commodes dans la victimisation et la dénonciation de l’Autre. Le monde musulman doit faire son autocritique de façon lucide et initier une vision réformiste sereine de l’intérieur avant d’incriminer les autres car tout changement ne peut se faire que s’il part de soi-même, c’est-à-dire d’une transformation personnelle.
Déconstruire, à un niveau extérieur, la représentation des femmes musulmanes et dénoncer ainsi la « centralité » donnée à la place des femmes dans les discours essentialistes sur les musulmans et l’islam. En effet, en tant que femmes musulmanes aspirant à vivre la modernité comme toutes les autres femmes du monde, nous ne nous retrouvons pas dans les innombrables images stéréotypées et hyper-médiatisées au niveau international, à savoir, celles de femmes soumises, opprimées, dépendantes et incapables de se défendre par elles-mêmes ou de parler en leurs noms propres.
Défis et perspectives futurs du groupe :
-L’un de nos défis prioritaires est de faire en sorte que les femmes musulmanes deviennent des actrices centrales dans les processus de transformation en cours dans les sociétés dans lesquelles elles évoluent.
-La réforme de la pensée islamique, qui reste incontournable si l’on veut dépasser les blocages exégétiques et juridiques actuels, ne pourra se faire sans la participation des femmes à tous les niveaux structurels et sans la volonté d’initier de véritables réformes de fond dans les sciences islamiques et leur pédagogie d’enseignement.
-Parallèlement, à discours spirituel à partir d’une perspective féminine, mais également promouvoir dans le temps un discours sur les droits humains. La question de la femme en islam reste intimement liée au degré de démocratisation des sociétés dans lesquelles elles vivent et l’émancipation ne peut se faire que dans des sociétés où priment le respect des droits humains.
- Il faudra aussi penser à créer de véritables alliances entre les différents mouvements féminins et autres qui ont en commun la lutte contre la subordination universelle des femmes. C’est donc à cet effet qu’il faudra également soutenir toute solidarité transnationale qui incite à la promotion des droits des femmes non pas uniquement à travers une perspective de coopération Nord- Sud classique mais plutôt comme un défi mondial à relever car le patriarcat et la discrimination sont une réalité dans les pays du Nord également.
De plus, il est nécessaire de lutter contre les répercussions secondaires négatives de la mondialisation néo-libérale et dont l’impact est particulièrement préjudiciable sur les femmes à l’échelle internationale. À cet effet, il est important ici de souligner la nécessité d’un engagement urgent contre toutes les politiques de dégradation de l’environnement provoquées par la colonisation de l’industrialisation des terres du Sud devenues de véritables dépotoirs pour certains pays industrialisés[9]. Notre engagement féminin est par conséquent un engagement qui inscrit dans sa dynamique la dimension écologique, encore appelé éco- féminisme ; une question qui est désormais cruciale pour l’avenir de la planète.
Cependant le défi majeur reste celui de la diversité du mouvement des femmes qui doit travailler au respect des identités et des cultures tout en refusant les discriminations basées sur la classe sociale, l’ethnie ou de croyances. Il faudrait donc savoir renforcer les liens avec tous ces mouvements sans s’immiscer dans les stratégies de changements et de résistances propres à chaque contexte. Il s’agit donc de s’unir avec tous les mouvements de femmes qui luttent contre l’oppression des êtres humains et l’exploitation de leurs richesses et créer des débats inter-mouvements féminins afin de dépasser les divergences idéologiques et les clivages ethnoculturels ; car quel que soit le lieu d’où on lutte pour la justice, il est universel et doit être considéré comme un apport à la richesse de l’humanité et le chemin que l’on prend importe peu du moment que l’objectif et la cause sont nobles.
Notre groupe, en tant que groupe de femmes musulmanes venant de différents horizons culturels et sociaux et liées par des valeurs spirituelles communes, aspire à tout cela non pas comme une utopie mais comme un espoir pour des lendemains moins hostiles et plus sereins à vivre pour nos enfants et pour l’humanité toute entière….
Asma Lamrabet
[4] Ijtihad : effort intellectuel réalisé en vu de formuler un avis juridique dans le cas où les sources de référence restent silencieuses.
[5] De très nombreuses femmes, particulièrement musulmanes, ne s’identifient pas avec le féminisme du fait de sa connotation occidentalisée et surtout parce que certains mouvements féministes ont développé une attitude hostile envers les hommes et la notion de famille en général. Or il ne faut pas confondre modèles et principes, et considérer tout le mouvement féministe comme homogène alors qu’il est profondément hétéroclite. Ceci dit, plusieurs femmes farouchement opposées à la dénomination féministe en utilisent néanmoins les analyses et les stratégies.
[6] Le féminisme post-colonial est une entité qui regroupe toutes les entités marginalisées par un féminisme occidental ethnocentrique et dominant, à savoir : le féminisme noir, africain, latino-américain, autochtone-indigène et le féminisme arabe avec son corollaire le féminisme musulman.
[7] C’est ce qui résulte d’une étude faite par des chercheuses suisses en études du genre de l’université de Lausanne, où elles démontrent que c’est le racisme qui a conduit à développer une vision ethnocentrique de l’émancipation des femmes, comme si seules les féministes occidentales détenaient la bonne définition de l’émancipation et les moyens d’y parvenir ; dans www.lecourrier.ch , par Corrinne Aublanc.
[8] Selon la féministe canadienne Denise Couture : « le féminisme occidental a pour défi de déconstruire son propre pli colonialiste et parmi les manières de l’aborder, il y a celui que les féministes anglo-saxonnes appellent la mise en œuvre d’une politique de la localisation qui consiste à apprendre à parler pour soi-même et à cesser de parler pour les autres ».
[9] La féministe indienne Vandanna Shiva parle de l’existence d’un véritable « racisme environnemental».