Par Asma Lamrabet
Montréal, le 20 Janvier 2009
L'histoire écrit aujourd'hui un autre chapitre de la décadence humaine… Gaza brûle et se meurt sous les bombes incessantes d'Israël, son artillerie meurtrière et
son armée sophistiquée, au vu et au su d'une communauté internationale qui semble désaffectée par l'ampleur de ce génocide…
Israël, qui bénéficie d'une immunité et d'une impunité scandaleuses, qui symbolise l'oppression coloniale sous son visage le plus abject qu'il soit, continue, avec la bénédiction -totalement
assumée- de la puissance américaine, de tuer, sans aucun état d'âme et sans le moindre scrupule…
Des centaines d'enfants assassinés, le corps déchiqueté, la peau brûlée par les bombes à phosphore blanc, des femmes, des vieux, des corps de civils
entassés…
Il n'y a plus de place pour les morts dans le cimetière de Gaza…
L'horreur est à son comble…
Devant une telle injustice, devant un tel carnage…un tel massacre …Existe-il encore des mots pour dire ce que des cœurs
ressentent…. ?
Aucun mot, aucune souffrance, aucune larme, aucune rage, aucune désespérance, ne saurait exprimer l'ampleur de la tragédie…
En Occident, c'est malheureusement sous l'angle d'une idéologie « neoconservatrice » hégémonique, qui présume que la politique d'Israël
doit être défendue contre les barbares qui menacent de le submerger[1],
que l'on cautionne les exactions israéliennes…
L'argumentaire est ressassé ad-nauseum : Israël, la « seule démocratie de la région[2] »,
a le droit légitime de se défendre, devant les menaces incessantes des roquettes -artisanales- d'un Hamas jouant le rôle de l'épouvantail « terroriste » de
l'heure.
Cette allégation médiatique véhiculée par la majorité des médias internationaux- confirmée par la posture politique officielle occidentale- est devenue, en plus
d'être insoutenable, inopérante humainement parlant devant les crimes flagrants du Tsahal aujourd'hui sur la population civile de Gaza.
Et puis, on oublie trop souvent, qu'il s'agit d'un conflit de colonisation et que les palestiniens, que ce soit, sous l'égide, du Fatah ou de
Hamas, ont le droit, comme tous les peuples colonisés de lutter pour leur libération.
Le droit à la résistance est un droit sacré, reconnu internationalement et pour tous les peuples sauf apparemment le peuple palestinien qui au cours de son
histoire de peuple colonisé a toujours été affublé des termes les plus « barbares ». Des Fidayinnes -laïques-des années 70 aux terroristes-islamistes et
intégristes- d'aujourd'hui, on a toujours essayé de dénaturer la symbolique de la résistance des palestiniens, afin de mieux les dominer et de discréditer leur cause aux yeux de
l'opinion internationale. Et c'est bien entendu le peuple palestinien en entier que l'on prend en otage dans cette confusion politique calculée. C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui
quand on inculpe le Hamas de tous les maux…
La « rue arabe », quant à elle, minée par des politiques internes désastreuses, crie sa révolte, sa colère et son désespoir devant
ces crimes quotidiens et l'indécente léthargie politique de la majorité de ses régimes.
La « rue arabe » renaît à chaque conflit et à chaque crise et devient la scène « défouloir » de notre humiliation et de notre
impuissance... On peut se demander si, au fond, cela est réaliste et productif ?
Mais devant l'acuité de ces massacres en direct y aurait-il d'autres choix pour des peuples assiégés politiquement et économiquement parlant ? La
« rue arabe » n'a apparemment pas d'autres alternatives que celles des slogans, des cris de désespoir et des chants incantatoires religieux…La rue devient le seul lieu
légitime de contestation d'une population impotente et indignée du sort réservé aux palestiniens perçus avant tout comme les victimes principalement musulmanes d'un conflit où
l'effroyable machine de guerre israélienne représente « l'ennemi juif ».
Le marqueur religieux est ici très intense et l'amalgame est souvent de mise devant des carnages commis, ne l'oublions pas, au nom d'un état sioniste nourri par une
idéologie religieuse extrémiste. C'est toute l'identité islamique qui se voit bafouée par une symbolique religieuse désignée péjorativement comme étant juive. Or, la nuance doit être
de rigueur aujourd'hui plus qu'hier : il ne s'agit pas d'une guerre entre musulmans et juifs comme le voudrait d'ailleurs l'idéologie hégémonique néo-conservatrice contemporaine qui se
drape sous l'effigie de la civilisation judéo-chrétienne pour mieux isoler l'ennemi commun à savoir l'Islam, érigé en bouc émissaire indispensable. Le conflit est éminemment politique
même s'il se barricade derrière des idéologies religieuses.
Les musulmans doivent en être conscients et doivent éviter les glissements sémantiques lourds de sens… Beaucoup de musulmans aveuglés par tant de détresse
succombent inconsciemment ou chauffés à blanc par des discours religieux où la haine et le souffle de la vengeance ont pris le dessus sur la raison …
La cause du peuple palestinien n'est pas la propriété exclusive des musulmans. Elle est celle de tous les peuples opprimés sur terre. Elle est celle de la
résistance au colonialisme, celle des peuples du Sud, la cause de tous ceux qui luttent pour la dignité et la liberté de l'être humain. C'est pour cela que des milliers de personnes sont sorties
crier leur révolte à Oslo, à Séoul, à Paris, à Londres ou à New York…C'est pour cela que de nombreux occidentaux non musulmans, chrétiens, laïques ou juifs font entendre leurs voix aujourd'hui
pour que cesse ce massacre… « L'état d'Israël doit être suspendu des instituions internationales, tant que Gaza sera assiégé … .Les dirigeants politiques et
militaires israéliens doivent être traînés en jugement dans un tribunal international pour crimes de guerre ! » C'est l'appel de Michel Warschawski qui vient de
l'intérieur d'Israël[3]
...
Que l'on ne s'y méprenne pas, ce génocide commis par Israël est un crime contre l'humanité tout entière et il serait faux, dangereux et contreproductif de
l'enfermer dans une guerre ethnico religieuse. Il y va de la crédibilité voire de la viabilité de la cause palestinienne qui est une cause juste et l'histoire de l'humanité est en train de
l'écrire aujourd'hui avec le sang des enfants palestiniens assassinés par des criminels de guerre au pouvoir en Israël.
[1]
Voir
l'excellent article d'Alain Gresh : « Libérer les Palestiniens des
mensonges de Bernard Henry Levy » sur son blog : http://blog.mondediplo.net
[2]
Emmanuel
Todd décrit la démocratie israélienne comme étant « la seule démocratie
officielle ethnique après la fin de l'apartheid sud-africain » dans son dernier livre : « Après la démocratie » Éditions Gallimard, 2008.
[3]
Gaza :
un appel de Michel Warschawski, Gaza sous les bombes, Alternative Information Center, le 27 décembre 2008.